|
Rencontre avec Jean-François Minster
Directeur scientifique de Total
En matière de recherche et développement, quels sont les principaux centres d’intérêt de Total ?
Notre recherche et développement est centrée sur les grands enjeux opérationnels de nos principaux métiers. L’un des premiers objectifs est d’améliorer nos connaissances en matière de ressources pétrolières, qu’elles soient conventionnelles ou non, ou d’autres comme la biomasse et les énergies renouvelables et de développer des technologies d’exploitation adaptées à ces ressources.
Dans les secteurs du raffinage, du marketing et de la chimie, les équipes de R&D accompagnent la politique d’innovation pour consolider ou élargir les positions industrielles et commerciales du Groupe. La réduction des impacts environnementaux et la recherche d’une efficacité énergétique accrue de nos produits constituent un troisième axe de travail important. Par exemple, les performances croissantes des carburants réalisées ces dernières années en termes de diminution de la consommation par kilomètre parcouru ou de réduction des émissions gazeuses sont le fruit d’un effort important de R&D de notre branche Raffinage & Marketing.
La R&D contribue également à l’amélioration des processus industriels, que ce soit sur le plan de la fiabilité et de la sécurité des installations ou de l’impact de nos activités sur l’environnement. Cela vaut pour l’eau, les sols et l’air. La maîtrise des émissions de gaz résiduels et notamment de gaz à effet de serre est bien entendu un sujet crucial auquel on travaille en amont, au niveau des plates-formes pétrolières, des unités industrielles et des raffineries, et plus en aval au niveau des produits. Quels sont les moyens internes dont dispose le Groupe ? Nous disposons de plus de vingt centres de R&D, neuf à l’Exploration & Production situés en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord, trois au Raffinage & Marketing, en Europe, huit à la Chimie, répartis en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. 4 200 ingénieurs et techniciens y travaillent, dont plus de 3 400 à la Chimie. Le budget de R&D de Total s’établit en 2006 à 568 millions d’euros. Le Groupe est engagé dans 500 partenariats avec des universités et organismes de recherche, 300 en France et 200 à l’international. Pourquoi autant de recherche coopérative ? La recherche coopérative est un axe central de notre politique de R&D. Elle nous donne accès à un potentiel scientifique et technique très largement supérieur à celui que nous maîtriserions si nous comptions sur notre seul potentiel de R&D, même si ce dernier est, en soi, déjà très important. Comment se concrétisent ces coopérations ? Notre coopération avec la recherche académique prend plusieurs formes : consultations, soutiens, partenariats. Total fait en permanence appel à des conseillers scientifiques sur des disciplines ou des sujets précis. Nous pouvons aussi mener des projets bien définis et limités dans le temps, par exemple au travers de thèses ou de séjours post-doctoraux. Nous soutenons par ailleurs des programmes de recherche dans des laboratoires ou départements académiques. Ces programmes assemblent divers projets élaborés par ces laboratoires et départements autour d’une problématique définie par Total, le plus souvent en lien avec d’autres acteurs industriels. Nous partons d’une question que nous nous posons, mais nous prenons soin de tirer parti des connaissances, des outils et surtout des idées de nos partenaires académiques. Les Joint Industry-Funded Projects assez courants dans les universités aux Etats-Unis illustrent bien la logique de ce type d’associations entre industriels et partenaires académiques. Nous travaillons aussi dans la durée avec des partenaires stratégiques parce que les progrès scientifiques se construisent de la sorte. Cela peut nous amener à conclure des accords, exclusifs ou non, avec des laboratoires sur des sujets particulièrement importants ou structurants. Il en existe dans divers pays et notamment en Russie. Ces projets sont toujours suivis très régulièrement par Total, soit dans les branches, soit à la direction scientifique ou à la direction du Développement durable et de l’Environnement. Enfin, nous finançons actuellement plusieurs chaires. Sous l’effet conjugué de la perspective du peak-oil et de l’importance croissante de la question climatique, le futur énergétique est maintenant un objet de préoccupation largement relayé dans le débat public. Quelle place accordez-vous à la recherche de solutions alternatives aux hydrocarbures ? Ces dernières années, nous avons lancé plus d’une dizaine de partenariats de R&D sur les technologies de valorisation de la biomasse. Dans le solaire, nos efforts de R&D visent notamment à réduire la quantité de silicium nécessaire à la fabrication des panneaux solaires. Nous étudions par exemple la technologie des “couches minces” qui permet de diviser par dix les besoins de silicium. Nous travaillons aussi à développer des hydrocarbures liquides à partir d’huile lourde ou de gaz naturel, de charbon ou de biomasse qui pourraient constituer une alternative aux carburants classiques et portons aussi nos efforts sur le suivi de la R&D dans la filière hydrogène. S’agissant de la question climatique, centrale pour un groupe comme Total, la direction du Développement durable et de l’Environnement soutient depuis plusieurs années un programme de recherche au Massachusetts Institute of Technology. Total a noué des accords avec plusieurs projets de R&D sur le captage et le stockage du CO2. Le Groupe vient par ailleurs de lancer son propre pilote de captage et stockage de CO2 à Lacq, une première en France.
Dernière modification le 20/2/2008
|